L'avenir de l'éducation publique du Québec
repose sur l'empouvoirement du peuple

L'expression populaire « porter le système à bout de bras » traduit bien la conscience collective qu'a le peuple du Québec des énormes responsabilités des travailleurs du secteur public face la destruction qu'en a fait l'État année après année. Depuis les années 1990, les conditions d'étude et de travail dans le milieu de l'éducation primaire, secondaire de la formation professionnelle et de la formation générale aux adultes, se sont brutalement détériorées. Ce secteur du système d'éducation publique au Québec a été démantelé pièce par pièce par les différents gouvernements [1]. Depuis les 30 dernières années, ce ne sont que les travailleurs de l’éducation et les familles – soit la vaste majorité du peuple du Québec, qui revendiquent des investissements massifs en éducation en concordance avec leurs demandes.

Quelques chiffres - Ceux et celles qui travaillent dans les écoles du Québec

Il y a plus de 239 000 personnes au Québec qui oeuvrent auprès des 1 032 928 élèves répartis dans les 2 774 établissements scolaires publics au Québec.
Ce sont:
- 125 080 enseignantes et enseignants – dont 42,3 % sont à statut précaire
- 102 300 personnel de soutien[1] – dont 60,9 % sont à statut précaire 
- 11 736 professionnels[2] – dont 22,8 % sont à statut précaire
- quelque 3 500 et 5 000 cadres de direction d'écoles.

Elles travaillent dans 60 centres de services scolaires francophones du Québec, 9 commissions scolaires anglophones et 3 commissions scolaires à statut particulier (la Commission scolaire crie, la Commission scolaire du Littoral et la Commission scolaire Kativik).

Conditions de travail

Près d'un enseignant sur cinq au Québec quitte la profession au cours de ses cinq premières années de carrière. Les raisons ? La lourdeur de la tâche, le nombre trop élevé d’élèves dans les classes, la réduction - voire la disparition - des formes de soutiens aux élèves et aux enseignants, le sentiment d’impuissance face à la détresse des élèves et de leur famille, la violence qui en résulte. Une étude de l’Institut national de santé publique du Québec de février 2025 dans ce secteur notait qu’un peu plus de la moitié du personnel se considérait en détresse psychologique élevée ou très élevée au cours du mois précédant l'enquête et 95 % de celui-ci l'associait partiellement ou complètement à son travail.

Loin de revoir les conditions et les raisons menant à cette désertion, le gouvernement a lancé l'appel à joindre le personnel enseignant des écoles, peu importe la qualification. En décembre 2024, le ministère de l'Éducation comptait 9184 enseignants non légalement qualifiés dans les écoles publiques du Québec, une hausse de 3,5 % par rapport à mai 2024 et de 38 % par rapport à mai 2023. Ce nombre n'inclut pas les milliers d'enseignants suppléants qui n'ont pas de brevet d'enseignement non plus. La charge d'accueillir humainement ces nouveaux collègues, de les informer et de les guider à travers le chaos qui règne dans le système scolaire repose pratiquement entièrement sur le dos des enseignants en place. 

Les lois antitravailleurs adoptées ou imposées par bâillon depuis près de 20 ans ont aggravé la situation. Des modifications majeures à la Loi sur l'instruction publique (LIP) depuis 2008 exigent des centres de services scolaires d'établir des cibles précises, notamment un taux de diplomation et de qualification, qui découlent de l'introduction de la gestion axée sur les résultats.

D'abord intégrée via la Loi 88 Loi modifiant la Loi sur l'instruction publique et d'autres dispositions législatives, en 2008 (par le Parti libéral du Québec), les lois subséquentes : le Projet de loi 40, Loi modifiant principalement la Loi sur l’instruction publique relativement à l’organisation et à la gouvernance scolaires, adoptée sous bâillon en 2020 (par la Coalition Avenir Québec) et le Projet de loi 23, Loi modifiant principalement la Loi sur l'instruction publique et édictant la Loi sur l'Institut national d'excellence en éducation, sanctionné en 2023 (par la Coalition Avenir Québec) ont toutes eu pour effet d'augmenter les pouvoirs du ministre de l'Éducation, de légaliser le refus d'investir en éducation et d'exercer une pression énorme sur les enseignants pour créer des élèves diplômables dans un secteur en profonde crise. 

Ces lois ont favorisé la fermeture de classes spécialisées pour les élèves avec des besoins particuliers – en apprentissage, en comportement, en santé physique et mentale, et ce, sous le prétexte de normaliser la scolarisation des élèves ou, plus récemment, parce que ces élèves ne pouvaient plus entrer dans la colonne élèves diplômables.

À cette infamie s'ajoutent les élèves issus de l'immigration récente qui, après deux ans en classe de soutien linguistique, doivent être intégrés dans les classes dites régulières. Alors que les élèves « d'ici » ont peine à réussir dans les conditions d'enseignement actuelles, ces nouveaux arrivants et leurs enseignants vivent une énorme détresse. Ils ne trouvent pas leur place dans ce système, si ce n'est que par l'accueil et le dévouement des intervenants les entourant. Notons qu'il est usuel dans les écoles que le personnel organise des collectes de vêtements adaptés pour le froid du Québec, pour ensuite les distribuer aux familles nouvellement arrivées.

La Loi 94, Loi visant notamment à renforcer la laïcité dans le réseau de l'éducation et modifiant diverses dispositions législatives d'octobre 2025 à légaliser le profilage religieux dans les écoles. Cette loi, entre autres choses, interdit le port de signe religieux pour les travailleurs des maisons d'éducation depuis le 30 octobre 2025. Elle a exclu des enseignants et travailleuses de l'éducation portant le voile des écoles, affaibli l'enseignement, accru les difficultés des ressources sans oublier la brutalité et l'inhumanité d'une telle loi.

On apprenait par un communiqué publié le 28 septembre par le Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte au décrochage, qu'à Montréal pour cette rentrée scolaire, « des dizaines de mères ont été exclues de s’impliquer bénévolement dans les activités de la vie scolaire avec les élèves parce qu’elles portent le voile. Pour le moment, au moins six intervenantes d’organismes communautaires offrant du soutien direct aux élèves dans les écoles de quartier sont défendues d’y retourner cette année pour la même raison. »


Composition des classes

Au Québec, le nombre d'élèves avec un plan d'intervention, donc avec des difficultés reconnues, a bondi de 36 % en dix ans, atteignant un sur quatre. Ces élèves se retrouvent dans des classes surpeuplées, réalité de plus en plus répandue dans les écoles québécoises. Près du quart des enseignants ont été dédommagés parce que le nombre d'élèves dans leur classe a dépassé le maximum prévu. Le montant qui y est consacré a doublé depuis cinq ans. Selon les plus récentes données du ministère de l'Éducation obtenues par Radio-Canada grâce à une demande d'accès à l'information, environ 20 000 enseignants ont reçu cette indemnité en 2024-2025, ce qui représente une proportion de 23 % (en équivalent temps plein). Il y a cinq ans, cette proportion était plutôt de 19 %.

Besoins de nouvelles écoles

Il n'y a pas de chiffre global officiel et unique mis à jour en temps réel pour l'ensemble du Québec, mais le manque d'espace touche de nombreux établissements à travers la province, avec plus de 2000 classes modulaires (classes temporaires) recensées dans les écoles.

Ces dernières années, le gouvernement du Québec a nettement réduit le nombre de projets de construction d'écoles neuves et d'agrandissement. En 2024-2025, seulement 3 nouvelles écoles et 4 agrandissements ont été autorisés, bien moins que les années précédentes où dizaines de projets étaient approuvés chaque année. En 2025-2026, ce ralentissement s'est accentué : seulement 2 projets de nouvelles écoles ont été financés pour toute la province, malgré les plus de 350 demandes d'ajout d'espace provenant des centres de services scolaires.

La vétusté des bâtiments scolaires est un problème de l'heure en raison du déficit d'entretien historique des écoles. En 2024, Québec a réduit de 400 millions $ le budget prévu pour contrer le déficit d'entretien des bâtiments du réseau scolaire.

Frais pour l'école « gratuite »

Rien n'est gratuit pour les familles qui envoient leur enfant à l'école.

L'achat de matériel personnel (crayons, cahiers, cartables, feuilles) est à la charge des parents. De plus, des frais peuvent s'ajouter pour les programmes pédagogiques particuliers, le service de garde, la surveillance du dîner ou des activités parascolaires, sans compter les uniformes ou les vêtements d'éducation physique, exigés par l'école.

On estime que les frais de rentrée et le matériel scolaire représentent une charge financière s'élevant en moyenne à 720 $ par enfant au primaire et 890 $ au secondaire. Le nombre de familles qui ne peut s'acquitter de ces frais augmente d'année en année et, dans certaines écoles, on interdit aux élèves concernés d'avoir accès aux cahiers d'activités qu'ils n'ont pu payer.

Les enseignants ou éducateurs des écoles primaires et secondaires font régulièrement des appels sur les réseaux sociaux à des dons afin de fournir du matériel à leurs élèves, d'avoir des livres ou du matériel leur étant adaptés.

La fraude des promesses électorales comme façon de créer un système d'éducation véritablement public

Il y a eu huit élections depuis 1998. Peu importe le gouvernement au pouvoir, les conditions ont continué de s'aggraver alors que la politique de payer les riches, elle, s'est intensifiée sous différents vocables antipeuple : période d'austérité, réorganisation, contrôle des dépenses, blâmes contre les syndicats qui causeraient le déficit, etc. Aujourd'hui, ce sont les nouveaux arrivants qui sont blâmés lâchement pour la crise en éducation.

La défense du droit à l'éducation que font en pratique, chaque jour, les près de 250 000 personnes travaillant dans les maisons d'éducation doit se transformer en réalité dans de nouveaux arrangements politiques. Le défi posé devant les travailleurs en éducation est de moderniser le processus actuel pour faire en sorte que ce soit le peuple qui décide de toute chose le concernant. Cela implique de priver de pouvoir tous ceux et celles qui utilisent la richesse sociale pour servir des intérêts antipeuple.

Investissons-nous du pouvoir de décider: c'est la plus importante bataille que nous devons mener.

Notes

1. Notre mémoire collective se souvient qu'en 1998, sous la gouvernance de Lucien Bouchard, alors à la tête du PQ, c'est un milliard de dollars récurrents qui a été retirés de l'éducation.  Selon les organisations syndicales de ce secteur, ce milliard retiré en 1998, s'il avait été maintenu et indexé à l'inflation chaque année, représente un manque à gagner historique cumulé de plus de 30 milliards de dollars sur près de 30 ans pour le réseau de l'éducation. Et que depuis, tous les gouvernements successifs et les partis cartellisés au pouvoir ont poursuivi dans la même veine.
Depuis le règne de la CAQ, c’est entre 770 millions et près de 1 milliard de dollars qui ont été pillés dans le secteur de l’éducation primaire et secondaire.
2. Le personnel de soutien  compte:
- techniciennes et techniciens en éducation spécialisée (TES), éducatrices et éducateurs, surveillants, services de garde, soutien administratif, personnel technicien informatiques, techniciens de laboratoire, techniciens spécialisés, entretien et services
- métiers spécialisés alimentation et services connexes.
3. Le personnel professionnel  compte:
psychologues, psychoéducateurs, orthophonistes, conseillers en orientation, conseillers pédagogiques, travailleurs sociaux, infirmières, agents de développement.